Europe : des millions de personnes prises en otage !

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Ne demandez pas à autrui ce que vous ne voulez pas qui vous soit demandé.

C’est un scandale ! J’enrage, je fulmine, je bous, que dis-je, je m’évapore face à l’absence de manifestations et d’engagements des cruciverbistes suite à l’odieux crime commis par l’un d’eux dimanche dernier. On a pourtant retrouvé les corps, l’un à l’horizontale, l’autre à la verticale, un bloc noir entre eux deux. C’est un assassinat abject, sans nul doute inspiré par une idéologie très carrée. Alors je vous le demande, n’est-il pas légitime d’attendre des ceux qui partagent la passion de ce meurtrier qu’ils défilent dans les rues pour dénoncer son erreur de jugement, ayant confondu « définition » et « définitif ». Ne serait-il pas judicieux qu’ils clament haut et fort : « Il lui manquait une case !» ? Mais les cruciverbistes ne sont pas des citoyens responsables, hélas !

Que les passionnés de grilles, ainsi que leurs frères schismatiques pratiquant les mots-fléchés, me pardonnent cette anecdote aussi imaginaire (vous pouvez fermer Google) que volontairement ridicule. Car mon ire est bien réelle mais elle trouve sa source en un discours public devenu récurrent depuis quelques temps : la sommation faite aux « musulmans » de montrer leur opposition aux prises d’otages, aux attentats, aux théocraties plus ou moins lointaines, ainsi que leur indéfectible amour de la liberté de presse, des institutions et de l’égalité entre les citoyens. Du droit de manifester et de revendiquer à l’obligation de le faire, le rubicond, qui porte merveilleusement bien son nom à cette occasion, est franchi !

Tout ce beau monde, politiciens, intellectuels et médias d’entonner un « on vous aime, mais devenez d’abord aimables » vaguement schizophrénique et surtout complètement vain et vide. Car il serait temps de se rendre compte que les « musulmans » n’existent pas, qu’au-delà d’un critère statistique dont on cherchera encore longtemps l’utilité, le mot englobe trop de monde pour concerner qui que ce soit. Quoique, peut-être qu’il définit mieux ceux qui l’utilisent que ceux qu’il est censé désigner… A l’instar de notre député François Brélaz qui il y a quelques jours, en plein grand conseil, haranguait ses collègues, proclamait que « ces gens là » ne s’intégreraient jamais, qu’ils détruiraient nos démocraties, brandissant quelques opuscules censément scientifiques, dans une posture hybride entre le prédicateur de Salem accusant ses sorcières et le vieux fou pathétique de l’Etoile mystérieuse annonçant la fin du monde. C’eût été drôle – en fait ça l’était – si ce n’était qu’une caricature d’une pensée répandue, même chez les mieux pensants, qui souhaiterait sans l’avouer qu’il y ait une « question musulmane » comme il y eut en son temps la « question juive ». Comment faire de la politique fine à coup de tronçonneuses ?

Dans un pays qui cultive l’amour de la diversité culturelle, au point de compter nombre de théoriciens du choc des civilisations entre Ormonans du dessus et ceux du dessous (pour les moins vaudois d’entre vous, Ormont-Dessus et Ormont-Dessous ce sont 2’495 habitants au total, pas loin des Diablerets), on peut s’étonner que  des dizaines de milliers de personnes sont projetées dans une catégorie, pire, une communauté, et sans leur accord. Et le phénomène est similaire ailleurs en Europe. Ça fait quand même beaucoup de monde pris en otage !

Il est donc temps de rappeler que parmi tous ceux qui sont qualifiés de « musulmans », il y a une bonne tripotée d’hommes et de femmes pour qui l’Islam a autant de signification que la Bible chez ce grand nombre d’athées et d’agnostiques que l’on continue à référencer comme « chrétiens », parce qu’on leur a fait faire trempette dans de l’eau très stagnante à un âge où les questions existentielles sont encore assez rares. Il y a aussi parmi eux des croyants dont la myriade de postures, d’héritages, de dogmes, de pratiques et de rapports à leur foi n’ont rien à envier au capharnaüm des obédiences judéo-chrétiennes ou encore bouddhiques. On y compte aussi nombre de professions, d’imbéciles plus ou moins heureux, de génies plus ou moins abscons, de passionnés de politique et d’autres qui s’en foutent, des gens qui viennent d’ici et d’ailleurs, au pluriel, car l’Indonésie ce n’est pas les Balkans. On pourrait décliner ces diversités à l’infini mais j’ai déjà cette si désagréable et si particulière douleur à l’épaule, qui ne se ressent que lorsque l’on vient d’enfoncer avec force une porte ouverte…

Et pourtant, après le « Juif qui étend ses tentacules sur le monde », après le « communiste au couteau entre les dents », l’homo cretinus (merci Narcisse Praz) invente le « musulman qui doit montrer patte blanche », amour ancien des mots creux et des idées sans relief, paresse de la pensée et courage dans l’abstrait, il n’y a en fait de vrai que la prise de ces otages, le reste n’est que nausée populaire.

G.Goy

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