Vaud : des musulmans pensent à demander leur statut « d’utilité publique »

L'Etat de Vaud, pionnier dans la reconnaissance légale des communautés religieuses.
L’Etat de Vaud, pionnier dans la reconnaissance légale des communautés religieuses.

Il faut parfois savoir penser contre soi-même

Surtout quand, comme moi, vous êtes un vieux laïcard un peu borné. En effet, j’avoue une espèce de méfiance quasi viscérale envers les copulations entre religion et état, au vu des rejetons que ces unions ont pu produire à travers l’histoire. Et je ne pense pas qu’à ces chers catholiques et leurs siècles de monarchies de droit divin, ainsi que leur grande découverte scientifique : l’auteur est tout aussi combustible que son livre. N’en déplaise aux néo-orientalistes pétris de guimauve pacifico-dalaïlamaphiles, arborant fièrement leur « free Tibet » à l’arrière de leur voiture, il ne fallait pas bon être paysan, ou encore pratiquer l’animisme local, dans le Tibet féodal et théocratique d’avant 1950. Et ne me faites pas dire que je justifie l’invasion, je remets juste le stupa au milieu du village.

Oui, il y a souvent une certaine exclusive dans les religions ou les « philosophies religieuses », et dans l’ensemble, une réticence au dialogue et à la tolérance proportionnelle au pouvoir séculier dont elles disposent. On peut donc légitimement penser les éloigner du pouvoir afin que ceux qui ne se reconnaissent pas dans leur système de valeurs ou leur vision du monde ne se les voient pas imposer (même si en creusant bien, l’influence historique de certaines religions que d’aucuns appellent « racines chrétiennes de l’Europe » sont encore présentes). Alors même si a 20 ans j’ai pu entonner des « à bas la calotte » avec force de conviction, je peine à imaginer que l’on puisse encore penser la laïcité comme au début du XX ème siècle. On en est plus au choc entre ces deux géants qu’étaient l’Église catholique (ou le protestantisme ailleurs) et l’État Nation. Il est désormais ridicule, comme à Genève récemment, d’interdire des stands religieux dans les rues au nom du principe de la séparation.

Pour en revenir à notre pays de Vaud, je demeure sceptique sur le fait que les églises réformées et catholiques aient ce privilège d’être financée par la collectivité toute entière, y compris par ceux qui ne se réclament d’aucune religion ou qui appartiennent à une autre, ces derniers « payant » deux fois. Je m’inquiète qu’on ne leur demande pas les mêmes engagements civiques, envers par exemple le droit des femmes, que ce qui est demandé aux communautés qui souhaiteraient obtenir cette « reconnaissance d’utilité publique ». Le goupillon me démange à l’idée que très officiellement, des délégations du Conseil d’État assiste à la consécration de nouveaux religieux. Par contre, et c’est là qu’il faut arriver à « penser contre soi-même » (j’offre une bière à celui ou celle qui me dira qui a utilisé cette expression en premier), cette notion de reconnaissance d’utilité publique pourrait être un outil précieux s’il est manié avec habileté et permettre d’éviter nombre d’écueils qui se trouveront rapidement sur notre route.

Le premier écueil nous a déjà ouvert des voies d’eau, c’est celui qui consiste à ne laisser que deux camps s’accaparer le discours sur certaines communautés religieuses et plus particulièrement, les musulmans. Il y a la gauche, par ailleurs très protestante en nos contrées, qui y va de son discours universaliste et angélique, ce qui est une gageure eu égard à la remarque précédente, qui ne tendrait à voir que l’apport culturel, ce qui n’est pas faux mais un peu limité. Il y a une droite bien à droite qui y va de ces gesticulations (voir notre billet du 4 février) et de ces déclarations à l’emporte pièce qui démontre surtout son opportunisme électoral et son immense capacité à ne penser qu’à rebours.

Le « faire société » n’a jamais été simple, et ne le sera sans doute jamais, la diversité cultuelle n’est donc pas plus problématique que celle des salaires ou des droits. La reconnaissance de communautés musulmanes permettrait sans doute de les inclure dans une dynamique qui consisterait à « faire société » non pas malgré eux mais avec eux. A tous ces grands dadais, avec ou sans catogan, qui nous déclarent, main sur le coeur et le coeur en un Grütli d’opérette, que leur intégration est impossible en ayant d’elles une connaissance comparable à celle qu’ont les pingouins des techniques de survies dans le désert de Gobi, il faut rétorquer : oui c’est possible à défaut d’être simple.

À toutes ces personnes qui se considèrent musulmanes et aux institutions qu’elles se sont choisies pour les représenter, il faut dire que malgré nos très vociférants dobermans, chaque groupe humain ayant son lot d’imbéciles, n’hésitez pas à faire cette demande. Il se peut que la somme de nos différences pèse moins que le plaisir du « vivre ensemble », et que tous nous cessions d’être les hommes et les femmes d’un seul livre.

G.Goy

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